08/31/2026
Université McGill - Santé mentale et ondes cérébrales (Ondes lentes)
Une étude montréalaise montre que contrairement à ce qu’on pensait, la dépression, la schizophrénie et le trouble bipolaire partagent des alterations cérébrales communes. Cela pourrait aider à développer de nouveaux médicaments.
La Presse Montréal 30 août 2026 par Mathieu Perreault
« En théorie, la dépression, la schizophrénie et le trouble bipolaire sont des maladies dans des catégories différentes bien définies », explique Fernando Gonzales-Aste, du centre de recherche de l’Institut Douglas, l’un des auteurs de l’étude publiée en juillet dans la r***e Neuroscience and Biobehavioral Reviews. « Mais nous avons trouvé qu’un type d’oscillations dans le cerveau augmente dans les trois cas. »
Cette oscillation est un type d’ondes appelées « bêta ». Ce sont des ondes relativement rapides dans le cerveau, selon Sylvain Baillet, spécialiste de neuro-imagerie au Centre de recherche du CHUM. « Ce sont des ondes qui battent entre 15 et 40 hertz [cycles par seconde]. Ce sont des battements permanents comme ceux du cœur, sauf que, dans le cerveau, il y a plusieurs battements à des rythmes différents qui se superposent et interagissent. »
L’augmentation des ondes bêta dans ces trois maladies n’avait jamais été observée, parce que très peu d’études les comparaient sur ce point.
L’étude de Neuroscience and Biobehavioral Reviews regroupe 62 études sur les ondes cérébrales, mais seulement deux d’entre elles comparaient une maladie avec une autre, et aucune ne comparait les trois, dit le Dr Fernando Gonzales-Aste.
Cette observation pourrait mener à des traitements de stimulation électrique ou magnétique visant à abaisser l’intensité des ondes bêta, voire à des médicaments, selon le psychiatre de l’Institut Douglas.
Le Dr Gonzales-Aste, qui est affilié à l’Université McGill, cite une étude récente qui a amélioré les symptômes dépressifs en diminuant l’intensité des ondes bêta. Publiée dans la r***e World Psychiatry en janvier, cette étude américaine utilisait des ondes lentes pour diminuer l’intensité des ondes rapides bêta.
Ondes lentes
L’étude s’est aussi penchée sur des ondes cérébrales lentes appelées delta et thêta, qui ont une fréquence inférieure à 8 hertz. Sur ce point, les trois maladies se distinguent entre elles : les ondes lentes du cerveau sont plus intenses dans la schizophrénie, moins avec la dépression, et elles ont une intensité intermédiaire avec le trouble bipolaire.
Beaucoup d’études montrent que les ondes lentes acheminent les informations d’ordre sensoriel. Elles amènent les signaux physiques provenant des zones du cerveau qui traitent les informations auditives ou visuelles, par exemple, vers les régions impliquées dans la prise de décision et l’humeur.
Sylvain Baillet, spécialiste de neuro-imagerie
Les ondes bêta, elles, transportent vers les zones du cerveau responsables de la prise de décision et l’humeur des informations sur « notre représentation du monde, ce qu’on attend et prédit de notre environnement », dit M. Baillet. « Il y a constamment dans le cerveau une confrontation, ou un alignement, entre ce que l’on perçoit du monde et comment notre cerveau interprète le monde. »
L’activité « exagérée ou anormale » des ondes bêta, dans ces trois maladies, laisse présager ceci : le cerveau des gens qui en souffrent pourrait accorder trop d’importance à la représentation mentale, indique le Dr Gonzales-Aste. Cela pourrait expliquer les hallucinations, dans la schizophrénie, et les idées noires, qui peuvent être considérées comme des hallucinations, dans le cas de la dépression. « On a une représentation distordue de notre environnement, de notre vie. »
Quant aux différences constatées dans les ondes lentes, on pourrait penser que, dans le cas de la schizophrénie, le canal sensoriel serait trop actif, et pour la dépression, il ne le serait pas assez. Une autre piste de traitement ? Peut-être. Il y a quelques années, note le psychiatre, une étude a démontré qu’on pouvait améliorer la mémoire de travail de patients en augmentant l’intensité des ondes lentes thêta. « Donc, on pourrait potentiellement aussi agir par stimulation pour diminuer ou augmenter l’intensité des ondes lentes pour traiter certains troubles mentaux », dit-il.
Ces « signatures » d’ondes lentes ou rapides pourraient aussi faciliter le diagnostic, selon les deux chercheurs. « On a maintenant beaucoup de données sur les ondes du cerveau de différents patients issus de différents groupes démographiques, dit M. Baillet. On pourrait établir des niveaux d’intensité moyens pour les ondes, et ainsi identifier les extrêmes indiquant la présence d’un problème, un peu comme on le fait avec les courbes de croissance en percentile. »
Ces recherches pourraient mener à la « psychiatrie de précision », selon le Dr Gonzales-Aste.
En savoir plus
7,5 % = Proportion de Canadiens qui souffraient de dépression majeure en 2022 - Source : statistique canada
2 % = Proportion de Canadiens qui souffraient de trouble bipolaire en 2022 - Source : statistique canada
1 % = Proportion de Canadiens qui souffraient de schizophrénie en 2016-2017 - Source : santé canada