20/03/2014
Perséphone a été hospitalisée à l’hôpital Heal Africa dans un état de stress post-traumatique aigü. C’est dans ce cadre qu’elle a bénéficié d’un suivi psychologique spécifique.
Elle vient de traverser deux épreuves majeures, à quelques mois d’intervalle. Agée de 30 ans, Perséphone est mère d’un garçon de 15 ans. Ce dernier est le fruit d’une relation sexuelle contrainte. Elle s’est mariée avec le père de son enfant, qui a assumé son rôle de parent. La famille de Perséphone n’a cependant jamais accepté cette situation.
En 2012, elle se sépare de son mari, et va vivre chez sa sœur. En mars 2013, elle subit une première agression. Après un jour de séquestration et de viol, elle est abandonnée par ses agresseurs. Depuis lors, elle craint d’être à nouveau victime d’agression. La famille entière en est destabilisée dans la crainte d’être elle aussi touchée. Perséphone est envoyée loin de chez elle.
En octobre 2013 pourtant, elle monte sur un taxi-moto, et ne retrouve consience que dans la brousse, ligotée contre un arbre entourée de 2 civils inconnus avec armes blanches et armes à feu. Ces agresseurs lui dirent que c’était dimanche. La survivante dit avoir passé une dizaine de jours de viol et de séquestration par 4 hommes. Un des agresseurs prend ensuite contact avec la famille de Perséphone et exige une forte somme d’argent de caution pour la libérer. Elle finit par être abandonnée par ses agresseurs, et c’est à ce moment qu’elle est conduite à l’hôpital Heal Africa.
Ses idées suicidaires sont à ce moment très intenses: « je veux me suicider pour que ma famille reste en paix, parce qu’ils sont déjà fatigués de moi » dit-elle alors. Elle est dans un état de confusion, avec une humeur anxio-dépressive marquée.
Elle souffre de flashbacks et a peur de ne pas pouvoir oublier ce qui lui est arrivé. Elle a aussi des troubles cognitifs, et a de la peine à accéder à certains souvenirs. Une série d’actes quotidiens lui sont rendus difficiles : elle supporte mal d’être touchée par le personnel soignant, elle refuse de rencontrer toute personne de sexe masculin. Elle évite de regarder son corps au cours de son bain. Elle a peur de boire de l’eau et de manger certains aliments comme la pomme de terre qui contribuait à susciter le souvenir traumatique.
Perséphone accepte et investit le suivi psychologique qui lui est proposé. Elle apprend ainsi à mieux maîtriser les réactions neurovégétatives causées par le rappel du contenu de l’incident, et retrouve une certaine stabilité émotionnelle. Elle reste vulnérable, mais recommence à investir les activités proposées dans le cadre de l’hôpital.
Elle commence ainsi à intégrer les événements survenus dans le cours de sa propre histoire : « on n’oublie pas un traumatisme mais on considère que ce qui nous est arrivé, c’est arrivé et que nous devons réapprendre à vivre heureux avec cette expérience faisant désormais partie de notre histoire. C’est cela accepter l’inacceptable en retrouvant le bonheur et non en se résignant » (S.Musisiva).