Institut Rudolf Steiner - Formation à la pédagogie Steiner-Waldorf

Institut  Rudolf Steiner - Formation à la pédagogie  Steiner-Waldorf L'Institut Rudolf Steiner vous offre, à tout moment de votre parcours professionnel, une formation complète à la pédagogie Steiner-Waldorf.

23/11/2015

L’éducation et l’avenir :
quelle formation pour les enseignants ?
Raymond Burlotte
Enseignant et co-responsable de l’Institut Rudolf Steiner de formation pédagogique de Chatou.

« Il est temps que l’homme se fixe à lui-même son but. Il est temps que l’homme plante le germe de sa plus haute espérance. Maintenant son sol est encore assez riche. Mais ce sol un jour sera pauvre et stérile et aucun grand arbre ne pourra plus y croître. […] Je vous le dis : il faut porter en soi un chaos, pour pouvoir mettre au monde une étoile dansante. »

Friedrich Nietzsche
Ainsi parlait Zarathoustra

L’avenir amènera-t-il un « crépuscule des hommes » ? Pour la première fois sans doute depuis que l’on s’interroge à propos de l’avenir, on se demande si l’homme aura encore une place dans le monde de demain. L’utilisation croissante de machines toujours plus sophistiquées et performantes ne risque-t-elle pas de faire de l’homme une figure marginale dans un monde mécanisé ? La plus grave menace qui pèse sur l’humanité du XXIe siècle n’est peut-être pas une catastrophe économique, ni un empoisonnement de la terre, mais c’est de perdre l’homme lui-même. La machine nous dévore et prend notre place. Il reste de moins en moins d’espace pour un exercice libre de l’esprit et le jaillissement de la création.
Cette situation n’est pas une fatalité. Elle résulte d’une certaine vision du monde. Toute notre civilisation dite « moderne », depuis la Renaissance, repose sur la démarche scientifique dont l’idéal a été d’« objectiver » le monde, c’est-à-dire d’en éliminer toute subjectivité, car celle-ci est considérée comme une source d’erreur. C’est grâce à cette exigence que nous avons appris à connaître si bien le fonctionnement de notre univers physique, y compris notre fantastique « machine » humaine. Quel est l’avenir de cette grande aventure ? Certains parlent déjà de « transhumanisme » et pensent que les hommes deviendront peu à peu partie intégrante du réseau de machines qui enveloppe notre terre. Il semble même que cela soit inéluctable...
Or l’homme n’est pas qu’un objet. Sa valeur intrinsèque vient de ce qu’il est aussi un sujet, un être libre, qui se détermine lui-même de l’intérieur, s’il le veut. Pendant longtemps, cette dignité humaine s’est nourrie des religions traditionnelles, de la spiritualité qui portait encore les métiers, la vie familiale, etc. Aujourd’hui, tout cela se défait. Où puiser ce qui fait la valeur de l’homme ? Où jaillit la source de l’humain ?

Quelle idée l’homme se fait-il de lui-même dans ce monde en transformation dans lequel l’humain perd sa signification ? C’est avec ces questions que les futurs enseignants viennent s’inscrire à l’Institut Rudolf Steiner, souvent sans trop savoir ce qui les attend. Ils savent cependant que les écoles Waldorf ont ce souci de « cultiver l’humain dans l’homme » et sont en quête de voies pour fortifier leur vie spirituelle et reconquérir leur vocation d’enseignant. Pour eux, une chose est claire : la civilisation technique est à tel point avancée que si l’homme ne travaille pas sur lui-même pour renforcer son autonomie et ses facultés créatives, il sera bientôt vidé de son humanité.

Aujourd’hui, dans la plupart des cas, la « formation » a été remplacée par la « qualification » et l’« évaluation ». On va à l’école pour obtenir un diplôme, pas pour recevoir une éducation. Or les diplômes ne permettent même plus de trouver du travail. L’école a-t-elle encore du sens ? Beaucoup d’enseignants aujourd’hui souffrent de cette situation. Le malaise profond qui a envahi l’école et la ronge provient sans doute davantage de ce vide intérieur et du désarroi de tous face à ces interrogations essentielles, que de questions administratives ou financières.

Pour redonner son sens à l’école, il faudrait d’abord se rendre compte qu’elle est d’abord un lieu de rencontre entre des enfants et des adultes. Et la première question à poser est celle-ci : quel être humain vient rencontrer les enfants ; quelles pensées, quels intérêts, quels idéaux vivent en lui ? Bien entendu, le savoir et les compétences jouent leur rôle à l’école, mais ils ne seront féconds que s’ils s’accompagnent d’une vision du monde constructive, qui éclaire l’avenir et suscite l’enthousiasme et la confiance en l’homme. Comment y parvenir ?

Tant que l’on reste convaincu qu’enseigner consiste simplement à transmettre aux élèves l’image matérialiste du monde qui triomphe aujourd’hui partout, on n’attaquera pas le problème à sa racine. Il n’est pas question de dire que cette image du monde est fausse. Si c’était le cas, elle ne fonctionnerait pas. Or ses succès sont patents. Mais si elle convient parfaitement pour construire et faire fonctionner des machines, elle est absolument incapable de nourrir l’âme et l’esprit d’un enfant. Une image du monde qui réduit la réalité à son aspect quantitatif mesurable jette un voile d’incompréhension sur ce qui va au-delà des chiffres, des formules et des graphiques, c’est-à-dire ce qui fait la valeur de la vie et lui donne son sens. Dans un monde où tout n’est que mouvement d’atomes insensibles, dont l’homme a émané par accident, les questions essentielles restent sans perspective de réponse. L’écolier se sent intérieurement déchiré entre les explications matérielles qu’on lui donne du monde, et le questionnement spirituel qui l’habite, et qui est rarement pris en compte. Dans cet écartèlement, il se sent comme paralysé. On avance intérieurement, en effet, pour autant que l’on parvient à comprendre et à approfondir ce que l’on vit, et que ce que l’on vit devient source d’impulsion pour apprendre et comprendre. Quand ce n’est pas le cas, l’apprentissage devient source d’ennui, voire de dégoût, et il faut faire appel à des motivations extérieures (peur ou ambition) pour continuer à s’investir dans le travail scolaire.

Comment repenser, dans ces conditions, la formation d’un enseignant pour l’avenir ?

Tentons d’esquisser quelques éléments. Il faut d’abord permettre que s’éveille chez le futur enseignant la faculté de comprendre spirituellement le monde, c’est-à-dire de pénétrer en profondeur le sens des choses. Le monde est en effet empli de sens. Nous l’avons presque oublié ! D’abord le monde créé par l’homme. Or tout ce monde d’objets sorti du génie humain, la plupart d’entre nous ne le comprend pas. On n’en saisit plus, dans le meilleur des cas, que des bribes. Qui comprend aujourd’hui selon quel principe fonctionne le train d’atterrissage d’un avion, un réfrigérateur, voire un banal moteur électrique, pour ne pas parler du monde infiniment complexe des ordinateurs ou des banques ? On se contente d’utiliser ces machines en pensant qu’il existe des spécialistes qui savent comment elles fonctionnent. Et cette ignorance est encore plus grande vis-à-vis de la nature. La connaissance a éclaté en d’innombrables spécialités, si bien que l’on a perdu la compréhension profonde des choses et de l’esprit qui les relie entre elles. Il ne suffit pas d’apprendre la structure de la matière telle que l’a établie la théorie atomique moderne, ou la théorie néo-darwinienne de l’Évolution, mais surtout de comprendre comment et pourquoi on en est arrivé à ces « explications » du monde. Que permettent-elles de comprendre en réalité, quelles en sont les limites, et pourquoi ? Un des plus grands problèmes de l’enseignement actuel, c’est que l’on enseigne aux enfants et aux adolescents des théories toutes faites, comme des certitudes, alors que les chercheurs de pointe sont eux-mêmes pleins de questions et remettent en permanence leurs hypothèses sur le tapis.
Face au monde, un futur enseignant devrait d’abord cultiver une approche globale qui, en partant des énigmes qui se posent à lui, voit comment l’esprit humain avance en se posant constamment de nouvelles questions. Il s’agit moins d’accumuler des théories toutes faites, censées tout expliquer, que de cultiver la curiosité, l’ouverture d’esprit, l’intérêt de découvrir par soi-même la cohérence des choses. Regarder par exemple quelles formes ont les plantes qui apparaissent au début du printemps (crocus, jonquille …) et les comparer à celles qui poussent un peu plus t**d, lorsque le soleil est devenu plus puissant (renoncules, œillet …), jusqu’à celles pleinement déployées du plein été (ombellifères, composées). Comment comprendre cette différence ?
Qu’est-ce que cela nous révèle sur la lumière, l’eau, l’air, la chaleur, la vie ? Ce genre d’observations actives ouvre notre regard sur la réalité.
De même il faudrait s’interroger en profondeur sur le devenir historique de l’humanité, afin de mieux comprendre quelles tâches sont aujourd’hui les nôtres et comment on peut avancer vers un futur. En quoi consistait l’état d’esprit d’un ancien Grec, celui d’un artisan ou d’un moine du Moyen Âge ? Comment pensaient-ils, comment voyaient-ils le monde, que voulaient-ils, quels étaient leurs idéaux ? Comment cela a-t-il changé ? Qu’en est-il aujourd’hui, qu’avons-nous perdu, qu’avons-nous gagné ?
Peut-on espérer intéresser et conduire des enfants dans la vie si l’on ne se pose pas soi-même en permanence ce genre de questions ?
Quand on le fait, on fait en même temps une expérience importante : on découvre quelles facultés la botanique ou l’histoire permettent de développer. On fait l’expérience de l’action des différentes matières sur soi-même, et c’est à partir de là que l’on devient capable de rendre ces matières vivantes pour les enfants.

La deuxième grande direction dans laquelle il faut travailler, c’est la compréhension de l’être humain lui-même. Ce qui se déroule à l’intérieur d’un autre être humain nous est d’abord inaccessible. À travers la physionomie, les gestes, la parole de quelqu’un, on peut certes percevoir son apparence, mais son être profond reste caché. Or il existe une façon d’approcher ces réalités plus profondes de l’humain, c’est la connaissance de soi. Si j’éveille et fortifie mes propres forces de conscience, en observant comment je pense, comment je ressens, comment je me souviens, comment je veux, etc., je parviens à mieux pénétrer appréhender le psychisme humain. Non pas par une théorie, mais de façon expérimentale, en le vivant de l’intérieur. Et c’est cela qui permet aussi d’appréhender ce que peut vivre quelqu’un d’autre. Il est impossible par exemple de voir comment un enfant comprend (ou ne comprend pas) une question, comment il appréhende certains concepts, ou au contraire reste bloqué dans sa pensée, si l’on n’a pas expérimenté soi-même la manière dont on élabore un concept pour le relier à d’autres concepts. L’acte de « comprendre » est fondamental dans le processus de l’apprentissage. On rejoint ici le « Je pense donc je suis » de Descartes. Et celui qui n’a pas d’abord vécu et clarifié sur lui-même ce cogito reste aveugle à la façon dont il fonctionne chez quelqu’un d’autre. Il en va de même dans le domaine affectif. C’est en regardant comment la peur ou la joie, la confiance ou le doute, etc., vivent en moi que je peux sentir, par empathie, comment ils vivent en quelqu’un d’autre.
C’est ainsi que l’on peut apprendre à comprendre peu à peu ce que signifie agir en tant qu’éducateur et enseignant. Autrement, on travaille en aveugle, pour ainsi dire. L’enfant reste une « boîte noire », et l’on en est réduit à l’évaluer au moyen de contrôles extérieurs.

Celui qui, au cours de sa formation, apprend ainsi, par le biais de la connaissance de soi, à mieux connaître son « homme intérieur », ressent aussi le besoin d’exprimer cet intérieur en transformant le monde qui l’entoure. Et nous touchons là le troisième grand domaine d’une formation des enseignants pour le futur. Là encore, il s’agit d’abord d’une auto-éducation. Nous devons nous efforcer, en tant qu’adultes, de devenir des créateurs, des êtres autonomes, sources de renouvellement. Si l’on se contente de suivre un programme et de rabâcher ses cours, on aura le plus grand mal à intéresser les élèves. Chaque enfant est par essence un créateur. Il apporte du neuf, quelque chose qui n’a encore jamais existé dans le monde. C’est cet élément « unique » qui fait toute sa dignité, toute sa valeur. Et pour pouvoir s’adresser à cet esprit neuf en l’enfant, il faut d’abord vivre ce renouvellement en soi. Devenir non pas seulement un artisan qui refait toujours le même objet, mais un artiste dont chaque œuvre est une création. C’est pourquoi la formation d’un enseignant est difficilement concevable sans un entraînement à la créativité. Il existe de nombreuses directions dans lesquelles on peut s’exercer à dépasser ses propres limites en se confrontant à la couleur, à la forme, à la musique, au théâtre, etc. Il ne s’agit pas de faire des chef-d’œuvres, mais de trouver en soi cette capacité à se lier de façon nouvelle à une situation inconnue, imprévisible, en inventant, en créant le geste adapté, dans l’instant.

Tout cela peut sembler bien ambitieux. Mais on ne sortira pas de la crise actuelle sans opérer un changement profond. C’est ce retournement radical que Rudolf Steiner a voulu impulser en fondant l’école Waldorf au début du XXe siècle. La situation de l’humanité était alors des plus dramatiques. L’Europe était dévastée, non pas à cause d’un ennemi extérieur, mais suite à ses propres égarements. Un siècle plus t**d, c’est non seulement l’Europe, mais toute l’humanité, l’humain lui-même, qui est menacé dans ses fondements. Personne ne viendra sauver l’être humain de l’extérieur s’il ne se ressaisit pas par lui-même. C’est une illusion de croire que l’on peut devenir enseignant en restant tel que l’on est et en acquerr
ant simplement un certain savoir et certaines facultés. L’enseignant doit d’abord se prendre lui-même en main, fonder sa propre autonomie spirituelle, et se mettre en relation avec la réalité du monde qui l’entoure. C’est un processus qui n’est jamais terminé. L’important est de se mettre en marche. Si l’école redevient ce qu’elle devrait toujours être, un source d’humanité, une pépinière d’hommes et femmes libres et créateurs, nous ne serons pas dévorés par nos propres créations et, comme l’espérait Nietzsche, nous mettrons au monde des étoiles dansantes.

N’est-il pas significatif que la plus grande concentration d’école Waldorf au monde, après l’Allemagne où cette pédagogie est née, se trouve en Californie, dans la Silicon Valley (plus de 100 écoles et jardins d’enfants en 2015) ? Les concepteurs et fabricants d’ordinateurs veulent que leurs enfants chantent, peignent, sculptent, jardinent, bref développent une approche qualitative et active du monde. Beaucoup ont compris que plus on se lie à un monde inhumain, plus il faut cultiver l’humain.

Article initialement paru en juin 2013 dans la R***e 1.2.3 Soleil, organe de l’A.P.A.P.S (Association des Parents et Amis de la Pédagogie Steiner), revu par l’auteur en novembre 2015.

19/11/2015

A COMPTER DU 29 JANVIER 2016

Une nouvelle promotion s'ouvre avec une première année
de formation pédagogique.

Pour obtenir les dates des stages, les contenus de la formation, les détails des aides au financement, les dossiers d'inscription et pour toute autre question : par téléphone au 01.39.52.58.19 , par courriel : [email protected]
ou en MP.

Fondé en 1992, l’Institut Rudolf Steiner dispense à Chatou dans le cadre de la formation professionnelle continue une fo...
18/11/2015

Fondé en 1992, l’Institut Rudolf Steiner dispense à Chatou dans le cadre de la formation professionnelle continue une formation sur trois années aux spécificités de la pédagogie Steiner-Waldorf. Pensé à l’origine à l’intention des futurs enseignants des écoles Steiner-Waldorf, ce cycle est aussi ouvert aux animateurs sociaux, culturels et périscolaires. Programmée sur des fins de semaine à raison d’une unité par mois en moyenne, la formation est compatible avec une activité travaillée.

Depuis mi-septembre 2015, sans quitter Chatou, l’Institut Rudolf Steiner a transféré ses activités dans les locaux rénovés de l’espace polyvalent appartenant à la Fondation Paul Coroze rue François Laubeuf. Il y dispose, dans un cadre avenant, de deux vastes salles de cours, d’un espace convivial pour les repas et de possibilités d’hébergement sur place.

Dans ces lieux déjà fréquentés par deux promotions en cours (année II et III), une équipe pédagogique élargie accueillera

A COMPTER DU 29 JANVIER 2016


UNE PREMIERE ANNEE DE FORMATION PEDAGOGIQUE SUR TROIS ANS


Le geste de la formation :



Parce que chaque enfant est le créateur du monde à venir, certaines questions quant à la nature de l'homme ne peuvent aujourd'hui plus être éludées. Le futur pédagogue devrait faire de ces interrogations la préoccupation majeure de son existence. Y répondre nécessite l'adoption d'un regard entièrement neuf sur sa propre constitution et ses propres facultés ; un regard qui relève l'homme, lui conférant une dignité nouvelle, germe de toute pédagogie d'avenir.



En première année, toutes les évidences sur lesquelles nous nous appuyons habituellement seront questionnées à partir de ce nouveau regard. A travers une pratique active de la pensée, du sentiment (par l'exercice de nombreuses activités artistiques) et de l'agir (activités corporelles, mais aussi mises en situation d'animation de groupe), chaque étudiant sera amené à vivre le geste pédagogique fondamental sur lequel repose la pédagogie Steiner-Waldorf.



Durant les deux années suivantes, la formation conduit de la connaissance de l’être humain à la pratique pédagogique à travers trois options : jardin d’enfants, classes primaires, classes de collège et de lycée.



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INFORMATIONS ET CONTACT :

- informations générales sur site :

http://www.steiner-waldorf.org/formation_enseignants_waldorf/institut_rudolf_steiner.html

- dossiers de candidature, dates et contenus de la formation, détails des aides au financement et toute question : par téléphone au 01.39.52.58.19 et par courriel : [email protected]


Déclaration d’activité enregistrée sous le numéro 117 803 279 78 auprès de la Direccte Ile-de-France

(Direction Régionale de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi)

(enregistrement ne valant pas agrément par l’Etat)

Siret 388 603 375 00014

Adresse

1 Rue François Laubeuf
Chatou
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