09/06/2026
👉Un de nos amis pratiquants a souhaité à travers un texte qui nous a beaucoup touché nous faire savoir combien notre art était important pour lui.
Peut-être ce texte fera-t-il écho en vous, aussi nous avons souhaité le partager.
En vous souhaitant une bonne lecture, merci à toi Erik et à vous tous, qui faites vivre les arts du Tao. 🙏
🖋️A L’Ecole TAO
Je ne sais pas si pour vous c’est pareil, mais c’est le plus souvent lorsque l’on s’imagine que plus jamais on ne tombera en amour qu’en ces heures-là, heures sombres, parfois même désespérantes, un nouvel objet d’amour se présente à nous.
Quand je dis objet j’englobe tout, d’un objet proprement dit jusqu’à évidemment une ou plusieurs personnes. J’y inclus aussi bien un art, avec ou non son exercice, comme un lieu, un chemin, voire un paysage.
Je ne connais rien de plus merveilleux que de sentir à nouveau son cœur battre dans sa poitrine lorsque jusqu’à lors on le croyait sinon éteint, du moins assoupi.
D’un coup, nos routines, lénifiantes par nature, cèdent la place à quelque chose qui relève de la pure inspiration ; c’est un peu comme si sortant d’une apnée plus ou moins longue, plus ou moins profonde, on se sentait à nouveau pleinement respirer.
Le corps se réveille, l’esprit s’aiguise, notre part d’humanité sort de la léthargie dans lequel le quotidien l’avait emprisonnée.
La maturité aidant, l’objet d’amour ne détruit rien de ce qui précédait pas plus qu’il ne nous brouille la tête ou les sens, comme il peut le faire aux temps de notre jeunesse, mais bien au contraire, cet objet d’amour nous rassemble, nous complète terme plus juste, et s’en vient nous donner très naturellement un nouvel élan.
J’aime cette idée de ce qui s’en vient dans nos vies nous surprendre l’amour est au coin de la rue, chantait je ne sais plus quel poète l’amour est là où nous ne regardons plus, me permettrais-je d’ajouter.
Avec le temps, sur ce que je croyais connaitre, mes yeux ne regardaient plus, ou du moins, plus vraiment ; mes yeux
survolaient les choses connues sans songer un seul instant que c’était justement là qu’ils devaient venir à nouveau se poser, se déposer plus exactement.
Avec l’âge, les surprises se fanent ; plus rien de nouveau ne semble pouvoir se présenter à nous. Dangereuse illusion que cette illusion-là car cette illusion-là nous rapproche à grands pas de la tombe et des abandons qui vont avec.
Nous cherchons la nouveauté pour la nouveauté comme un écho à notre lointaine jeunesse lorsque la nouveauté, elle, ne craint pas de se nicher dans les choses connues, connues et survolées, comme on l’a dit.
Si avec le temps mon regard s’est éteint c’est que j’ai probablement omis, en chemin, de continuer à l’alimenter il n’est pas de poêle à bois qui ne nécessite d’être régulièrement chargé d’autres buches comme il n’est pas de réserves de toutes sortes qui, un jour ou l’autre, ne viennent à s’épuiser.
L’objet d’amour que j’évoque ici est un art que je pratique depuis de nombreuses années. J’y ai consacré autant de temps que d’énergie et j’y ai trouvé dans sa pratique bien des plaisirs, bien des ressources et parfois même bien des apaisements...jusqu’à ce que cette pratique ne s’inscrive dans une sorte de routine où l’inspiration s’épuisait au fur et à mesure que j’avançais en âge. Ce n’était pas l’art lui-même qui était en cause, c’était juste l’élan amoureux qui venait à manquer.
A force de pratiquer seul, c’est un peu la solitude dans ma pratique qui l’a emportée au détriment de l’art lui-même. De l’art lui-même et de l’amour que je lui portais. L’énergie des autres pratiquants me manquait comme me manquait l’inspiration que diffuse le maître-enseignant, le maître-enseignant comme ses assistants-assistantes.
Autant, à mes débuts, le regard de l’autre me paraissait comme
imprégné d’une part de jugement souvent difficile à dépasser, autant aujourd’hui, le regard de l’autre me galvanise plus que je ne l’aurais jamais imaginé ; c’est un peu comme si dans les défauts de ma pratique je trouvais soudain matière non seulement à évoluer, mais surtout à me dépasser, à aller là où j’aspirais à poser un
jour le pied sans savoir si la chose même était possible.
Cet art-là, le tai-chi-chuan, j’en suis tombé amoureux au premier regard. Dans les yeux de cette belle j’aspirais à me noyer, et plus encore à la faire mienne. Dès lepremier regard j’ai su que je ne vivais pas là une amourette mais un amour longue durée si je puis dire, un amour que j’emporterai avec moi jusque dans la tombe.
Pas croyant pour deux sous, je me vois pourtant bien rejoindre la longue cohorte des fantômes-pratiquants qui, ici ou là, tout en discrétion et silence, régalent la terre et les cieux de toute cette harmonieuse gestuelle dont, comme nous les vivants, pas un instant ils ne se lassent.
Eh, qui sait si l’énergie que nous percevons tantôt ici dans tel paysage, tantôt ailleurs dans tel autre, n’est pas l’émanation directe de leur pratique évanescente...oui, qui sait ? Des vieux amants, comme le chantait Brel ; c’est cela, le tai-chi et moi sommes
de vieux amants. Bien sûr nous eûmes des orages, nous avons aussi connu l’infidélité et quelques temps de désamour –que serait l’amour sans ses temps de
désamour ?- mais, in fine, lorsque presque tout dans la société humaine noircit l’horizon à presque le gommer de notre vue, lorsque l’espérance en des jours meilleurs semble relever de l’illusion voire de l’utopie, l’exercice d’un art aimé n’est-il pas le recours idéal pour propager autour de soi l’apaisement et la joie
auxquels tant de gens aspirent ?
Que dire de plus...sinon peut-être que le renouvellement de ma pratique –sans jamais songer à effacer voire à renier le chemin déjà parcouru (quelle bêtise et quelle trahison ce seraient-là !)- me donne à penser que l’élan amoureux jamais ne s’épuise dès lors que l’on veille soigneusement à l’entretenir et à le protéger
de nos propres démons comme des désespérances vers lesquels la période actuelle semble vouloir nous orienter et nous soumettre.
Faut-il dire merci à l’amour de s’en venir à nouveau nous bercer de son énergie et de sa puissance ? Eh, pourquoi pas ?
Et puis, après tout qu’importe qu’il faille le dire ou non si le merci que l’on porte dans son cœur trouve sa place sur une page blanche. Alors, oui, aujourd’hui, par la présente, j’ai envie de le dire haut et fort, à l’amour de mon art, je lance un grand merci...