Formations de travailleur social au CFE
Tout processus de formation à l’adresse d’un public adulte, prend le risque de réactiver le passé scolaire du public concerné. La représentation dont chacun dispose de ses performances d’élèves est nécessairement à l’œuvre dans la préhension et /ou l’appréhension relative au savoir. Bien évidemment plus le parcours scolaire aura été semé d’obstacles, d’emb
ûches ou d’échecs et plus la crainte, voire l’angoisse de réactualiser une certaine souffrance sera présente, et plus les prétextes à la résistance seront nombreux. On relève par exemple au nombre de ces prétextes, le fait que les stagiaires préalablement à leur entrée en formation totalisent plusieurs mois - qui pour certains se chiffrent parfois en année (s) - d’exercice professionnel. Cette situation induit l’idée que la formation n’est pas essentielle puisqu’il leur a été permis de travailler sans être formé. Ainsi, dans cette perspective, observe-t-on une sur valorisation fréquente, particulièrement en début de formation, de l’importance de “la réalité du terrain”. Cette “sur valorisation”, bien légitime du point de vue du stagiaire, puisqu’elle seule fonde son activité salariale, tout en renseignant sur la résistance à aller vers la théorie, se trouve paradoxalement d’y conduire le plus souvent. Il est en effet fréquent d’observer une tendance chez les formés à s’autoriser de leur propre expérience professionnelle pour justifier de la pertinence de leurs interrogations relativement à la formation. En témoignant ainsi d’un manque et/ ou d’un doute, ils manifestent le désir de s’inscrire dans une démarche de formation, laquelle s’origine toujours dans une position d’interrogation indispensable à l’apprentissage et à l’investigation. Cette situation place les participants dans une attitude active, conduisant successivement à inscrire les savoirs dans une demande professionnelle, à découvrir la nécessité de s’en éloigner pour l’observer et la penser et enfin l’obligation de s’en rapprocher pour la réfléchir. Ces trois moments fondateurs du processus de formation paraissent opportunément s’articuler dans le dispositif pédagogique dit d’alternance favorisant l’analyse de la fonction de travailleur social et l’élaboration des savoirs nécessaires à l’exercice de sa profession. Aussi, la prise en compte de ces différentes remarques, nous conduira-t-elle à veiller à ne pas mettre en difficulté les stagiaires, tout en respectant le niveau d’exigence relativement aux différents aspects de la formation. L’obligation de réfléchir à la mise en œuvre des meilleures conditions possibles d’apprentissage, pour maximaliser les chances de réussite, nous apparaît devoir être présente tout au long du processus de formation. Le travailleur social en formation sera considéré comme un professionnel disposant d’une expérience plus ou moins longue, confronté sur le terrain à des situations très complexes et auxquelles il lui faut après observation et analyse apporter des éléments de réponses adaptés. La formation doit lui permettre d’examiner et/ ou de réexaminer ses représentations de la réalité humaine, matérielle, institutionnelle, organisationnelle, associative, économique et législative, d’envisager et/ ou de ré-envisager les moyens et les compétences dont il dispose, afin de maximaliser la pertinence des réponses apportées. La pratique pour être réfléchie, impose au praticien de disposer d’éléments de référence, lui permettant de porter une appréciation, non essentiellement induite par son sentiment, sur l’opportunité des attitudes offertes, des actions développées et des moyens mis en œuvre. La qualité de professionnel, s’observe également dans l’appétence du salarié à expliciter ses positions et à rendre compte de ses actions. L’acquisition de ces références est un objectif prioritaire, mais non exclusif, de la formation théorique. Ces références ne sont en aucun cas assimilables à des réponses, encore moins à des dogmes. Elles relèvent du champ du savoir et renseignent sur l’état actuel de la connaissance, notamment en matière de sciences humaines. Elles sont, à ce titre, directement interrogeables dans l’exercice de la fonction de travailleur social et constituent des repères à partir desquels la réflexion doit se développer en complémentarité avec les autres membres de l’équipe. Dans cette perspective la participation des stagiaires aux U.F. aux contenus précisés dans l’arrêté du diplôme d’Etat préparé, présentera un caractère d’obligation. Cette “obligation” fera bien évidemment l’objet d’explicitations. C’est aussi parce que nous considérons qu’il est important que les travailleurs sociaux soient associés au processus de formation qu’il nous paraît essentiel de leur offrir des références en l’occurrence communes, indispensables à l’établissement de choix “motivés”. C’est à partir de l’expérience du travailleur social s’agissant de l’accompagnement de personnes et de l’éclairage offert par les enseignements que pourra notamment être discuté, réfléchi, amendé ou confirmé le bien fondé des attitudes, actions, et moyens mis en œuvre dans l’accomplissement de la prise en charge des usagers. L’attention sera attirée sur la nécessité de s’intéresser également à des populations et structures d’accueil autres que celles avec lesquelles et dans lesquelles le travailleur social travaille. En effet, la diversité du champ d’implication professionnel du travailleur social peut le conduire durant sa carrière professionnelle à une grande variété de publics accompagnés et de lieux institutionnels.