09/09/2026
Diplomaties,diplomates et sports, XIXe-XXIe siècles (9, 10 et11 septembre 2026)
à Lausanne, Suisse...
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Faculté des sciences sociales et politiquesInstitut des sciences du sport (ISSUL)
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Argumentaire...
Depuis les années 2000, un nombre croissant d’États mobilisent leurs diplomatessur les enjeux sportifs et le sport à des fins diplomatiques au point que le concept de« diplomatie sportive » s’est imposé dans un sens prescriptif, sinon prospectif, dansl’espace public international (médias, gouvernements, organisations supragouvernementales, OING, cabinets d’expertise, think tanks).
Pour bien des expertset des praticiens, le sport adoucirait les mœurs bien plus que les hiérarchiesobjectivées par les podiums et les records ne nourriraient les nationalismes. Il auraitune capacité particulière à effacer les différences, à favoriser la paix et laréconciliation, et à faire progresser les droits humains.
Une telle croyance dans lapaix internationale par le sport trouve sa source dans l’olympisme théorisé au débutdu XXe siècle par le Français Pierre de Coubertin, et véhiculé depuis par le Comitéinternational olympique (CIO) à des fins de légitimation. Elle doit être mise enrelation avec cette autre théorie qu’il faut attribuer également à Coubertin selonlaquelle le sport est un espace neutre et les organisations sportives des acteursapolitiques.
De fait, les vérifications empiriques qui permettraient de valider lepostulat d’une contribution du sport à la paix mondiale et au progrès humain restentbien rares.
La diplomatie sportive comme capacité à changer le monde ne serait-ellequ’un mantra ?
A-t-elle seulement des effets sur les opinions publiques ?
Est-elleconsidérée par les acteurs de la diplomatie comme une branche principale ousecondaire de la diplomatie culturelle ? Est-ce que l’emploi du sport pour améliorerla réputation d’un pays est vraiment efficace ?
Voilà une partie seulement desnombreuses questions auxquelles ce colloque international, ouvert à toutes lesdisciplines académiques, tentera de répondre.Déjà en 1984, soit treize ans après l’épisode connu sous le nom de « ping-pongdiplomacy», l’historien des relations internationales Pierre Milza mettait en gardecontre l’idée que le sport puisse avoir un rôle diplomatique décisif sur les relationsentre États : il y voyait ni plus ni moins un canal de communication supplémentairepour les diplomates.
On interrogera donc cet éventuel rôle de déclencheur quepourrait jouer le sport pour faire aboutir d’autres projets diplomatiques. D’autreshistoriens ont montré dès les années 1990 que des protodiplomaties sportives étaient apparues avant 1914, qu’une première institutionnalisation était survenueaprès la Première Guerre mondiale, et que la mobilisation du sport pour servir desbuts impérialistes relevait d’une histoire séculaire.
Un tel usage du sport à des finsd’influence et de puissance est particulièrement attesté pour l’entre-deux-guerresdans le cas des régimes totalitaires, puis au cours de la Guerre froide que se livrentles deux superpuissances américaine et soviétique. Aussi, on prêtera une attentionparticulière à la nature du régime politique étudié et à la diversité des diplomatiesculturelles que les régimes politiques peuvent mettre en œuvre.
En créant en 1920 un bureau « Sport et tourisme » au sein du Service des œuvresfrançaises à l’étranger en charge de sa diplomatie culturelle, le Quai d’Orsay esthistoriquement le premier ministère des Affaires étrangères (MAE) au monde à avoirconstitué le sport en sphère d’intervention diplomatique.
Pour un État qui seprésente comme le grand vainqueur de la Guerre européenne, il s’agissait alors desoutenir l’organisation de compétitions internationales, les voyages d’athlètesfrançais à l’étranger, et la représentation française au sein des organisationssportives internationales, à des fins de rayonnement international. On sera sûrementsurpris que le sport figure aussi précocement parmi les outils de la diplomatieculturelle d’un pays comme la France, reconnue davantage pour son influencelittéraire, scientifique et artistique.
On se rassura en considérant que la diplomatiesportive française a connu des flux et des reflux sans jamais devenir un sujetd’importance pour le MAE à l’exclusion des Jeux olympiques de 2024, ce qui asuscité la création du poste d’ambassadeur thématique en 2013.A contrario, la Suisse peine encore aujourd’hui à adopter une doctrine diplomatiqueen matière de sport alors que le siège du comité international olympique (CIO) est àLausanne depuis 1915, celui de la FIFA à Zurich depuis 1937, et que des dizainesd’organisations sportives internationales affluent sur son territoire depuis les années1990, pour partie attirées par le statut fiscal qui leur est proposé et par la stabilitépolitique de la Confédération helvétique. L’existence de « diplomaties sportives » neva donc pas de soi, ne prend pas les mêmes formes d’un pays à l’autre, d’uneépoque à l’autre, et c’est l’un des traits de ce colloque de n’en postuler ni l’existence,ni l’efficacité, ni l’unité. Il s’agira plutôt d’en identifier les apparitions et lesdisparitions à l’échelle de toute la planète des États, d’en historiciser les formes etles pratiques et d’en mesurer l’impact en comparant les diplomaties sportives auxautres formes de diplomaties culturelles et aux projets de diplomaties publiques oupopulaires, de la fin du XIXe siècle au XXIe siècle. Ici, on ne se privera pasd’interroger la culture sportive des diplomates eux-mêmes, ainsi que leursreprésentations et leurs visions du sport mondial.
Le sport ne serait-il pas un simple et nouveau canal diplomatique qui permet d’établirdes relations entre États sans prendre de grands risques et sans s’engager sur des terrains autrement plus déterminants, comme les échanges économiques oumilitaires, sans parler des traités ?
Qu’un État en vienne à se saisir du sport commecanal diplomatique, ne serait-ce pas un excellent révélateur de ses nouvellesambitions régionales, voire mondiales ?
Mais, étant donné l’autonomie des milieuxsportifs nationaux, ses athlètes, ses entraîneurs, ses dirigeants sont-ils aussifacilement enclins à se transformer en porte-voix de leurs gouvernants, en «ambassadeurs en survêtement » ? Comment coordonner cet ensemble d’institutionsqui représentent les nations sur des scènes internationales ?
Et qu’en est-il du CIO,des fédérations internationales sportives (FIS) et des ligues sportives commercialesqui campent farouchement derrière les principes d’autonomie et de neutralité dusport proclamés depuis l’entre-deux-guerres ? Qu’en est-il également desorganisations internationales, comme l’Organisation mondiale de la Santé,l’UNESCO ou l’ONU ou des organisations régionales comme l’Union européenne oude l’Union africaine qui intègrent le sport à leur sphère de gouvernement ?
Lafocalisation sur le « grand sport » et les « grands événements » ne constitueraientelles pas aussi des écrans par rapport à la réalité des usages du sport dans le cadrede l’aide au développement, de la coopération transfrontalière ou décentralisée ?
Enfin, la prise en compte du sport dans le travail diplomatique aboutit-elle àl’invention de formes et de pratiques singulières ?
À rebours des analyses de bien des experts en prospective, ce colloque souhaiteétudier le lien entre diplomates, diplomaties et sports, à partir de l’analyse de corpusde sources identifiées (archives, entretiens…), en s’intéressant à ses formes et sespratiques et aux acteurs et actrices qui la prennent en charge.
Rares sont les travaux universitaires, fondés sur l’analyse de sources, qui se sontainsi intéressés à l’action effective des ministères des Affaires étrangères et à laplace du sport dans les chancelleries diplomatiques, qui ont pu permettre d’entopographier les acteurs et d’en révéler les dynamiques.
Rares sont les travauxuniversitaires qui ont étudié les conférences multilatérales réunissant les ministèresdes Sports et les administrations chargées de préparer et de coordonner lesdécisions qui en découlent, ou qui ont analysé la mise à l’agenda du sport dans lesorganisations intergouvernementales.
La thématique du sport et des relationsinternationales est demeurée un aspect marginal de la production savante enhistoire, en science politique, en relations internationales et en sociologie desorganisations.Elle a donné lieu à quelques colloques et numéros spéciaux et à des thèses à partirdes années 2010. Elle a longtemps été considérée comme un domaine anecdotiqueet elle a été peu reliée aux réflexions historiographiques sur la diplomatie publiqueou la diplomatie culturelle.
Elle s’est aussi souvent concentrée sur ses formes lesplus visibles (boycotts, « diplomaties du ping-pong, du cricket, de la lutte, etc. »), sur les grands événements sportifs, et a développé une approche stratocentrée ounatio-centrée.
Si les archives des ministères en charge de la jeunesse ou des sports,des fédérations nationales, de quelques instances internationales qui les rendentaccessibles (CIO, FIFA, IAAF…) sont plutôt bien identifiées, celles des ministèresdes Affaires étrangères, des ambassades ou des organisations internationalesintergouvernementales sont beaucoup moins mobilisées.
Un indispensable travailempirique et une nécessaire comparaison internationale doivent permettred’identifier et d’objectiver les acteurs, de révéler les concurrences et les conflitspotentiels entre des acteurs nationaux en charge des relations internationalessportives, de repérer des acteurs autres qu’étatiques (villes, régions, nations sans État, acteurs privés), d’identifier le rôle effectif des administrations nationales et desorganisations sportives, de distinguer les processus à l’œuvre et de mesurer leurseffets. Il s’agira ainsi de dépasser les opinions communes et d’aller au-delà deconcepts souvent mobilisés dans ce cadre, comme soft-power et nation-branding,dont Ludovic Tournès ou Laurence Badel ont bien montré les limites.
Afin de sortird’une vision occidentalocentrée, on encouragera les communications portant sur laquestion impériale, sur les États nouvellement apparus depuis 1918, sur lestentatives de créer un « Sud global » sportif…
Dans cette perspective, nous souhaitons réunir des contributions autour des axessuivants :
Axe 1 : La mise à l’agenda des diplomaties sportives et leur déploiementGenèse du sport en tant qu’objet de diplomatieÉvolution des diplomaties sportives nationales (Occident, empires coloniaux, nouveauxÉtats indépendants, « Sud global » sportif)Organisations intergouvernementales, coopération multilatérale et questionsd’éducation physique et de sports.
Axe 2 : Les acteurs de la diplomatie face au(x) sport(s).
- Genèse des administrations en lien avec les relations internationales et le sport.
- Coopération et coordination de l’action internationale entre les administrations et lesorganisations privées (fédérations, comités nationaux olympiques).
- Rôle des ambassadeurs et des consuls dans la formalisation de la diplomatie sportive.
- Acteurs de second rang de la diplomatie sportive : coopération sportive dans lesambassades et administrations des Affaires étrangères.
- Rôle diplomatique des villes et des régions.
- Genèse et pratiques des groupes d’intérêt (think tank, lobbies) agissant dans ledomaine des relations internationales et du sport.
- Acteurs informels de la diplomatie sportive (sponsors, médias, dirigeants sportifs,athlètes).
- Cultures sportives des diplomates.
Axe 3 : Les formes et pratiques des diplomaties sportives.
- Les formes de la coopération sportive (accords bilatéraux et multilatéraux, programmesde coopération, etc.)
- Actions de sport pour la promotion de la paix et diplomatie interpersonnelle.
- Conférences et forums internationaux et intergouvernementaux.
- Coopération décentralisée et sport
- Singularités des pratiques diplomatiques relativement aux types de sports ;
- Aide coloniale et postcoloniale au développement sportif.
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Nous y participons...
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