Bon, ceci est une présentation de l’a-Ulm (l’association des anciens élèves, ÉLÈVES et amis de l’Ecole normale supérieure), mais pas comme celle que tu as eue en salle Dussane, le jour de ta rentrée de conscrit lorsque tu souriais à ta charmante voisine, pendant qu’un vieux monsieur très respectable expliquait à tous combien l’a-Ulm, c’était bien. D’ailleurs, tu avais noté le numéro de ta voisine
au dos du flyer de l’a-Ulm, avant de perdre la feuille… La jolie conscrite, tu l’as retrouvée sur Facebook (on ne se fréquente plus comme avant dans cette Ecole…), mais l’a-Ulm ? Alors j’ai décidé, non pas de te récrire ce qu’il y avait sur le flyer, mais de te dire pourquoi tu as intérêt à devenir membre de l’a-Ulm. D’abord, l’a-Ulm produit l’Annuaire (sur papier, avec une couverture vert hôpital – on fait ce qu’on peut ! – et en ligne, sur le site: http://www.archicubes.ens.fr). Tu me diras : quel intérêt de savoir qu’Héloïs Henri Ollivier a été conscrit en 1899 ? Aucun, je te l’accorde. En revanche, apprendre que tel archicube travaille chez Areva, à la rédaction du Monde, à l’Ecole française d’Athènes ou à l’ambassade de France à Pékin, où tu as toujours eu envie d’aller faire un tour, voir plus si affinités, cela peut toujours servir. D’autant plus qu’il est généralement admis qu’un normalien peut contacter un autre normalien sans avoir à passer par trente-six instances intermédiaires. Ensuite, à l’a-Ulm il y a le service Carrières. Bien entendu, si tu sais depuis que tu es gosse que lorsque tu seras grand, i.e. à la sortie de l’Ecole, tu seras pompier ou président de la République, les services du service Carrières te paraîtront parfaitement superflus. Mais il existe des vocations tardives et des accidents de parcours. Imagine que tu écoutes un jour en salle Dussane une conférence de Monsieur Robert Badinter. Tu sors de là décidé de tout lâcher (y compris les expériences sur des embryons de souris sur lesquelles tu planchais pourtant depuis des piges) pour faire du droit pénal et aller abolir la peine de mort dans tous les pays où elle existe encore (cela m’est arrivé, cela peut donc bien t’arriver aussi…). Tu serais ravi alors de savoir par où commencer, comment on fait pour rentrer à l’Ecole nationale de la magistrature ou à la Cour pénale internationale, qui sont les spécialistes du domaine, etc. Le service Carrières est composé de gens bien, ayant un carnet d’adresses bien rempli et de la patience pour t’écouter leur exposer tes projets les plus fous. Et surtout, ils sont déjà passés par là où tu te trouves et, par conséquent, peuvent avoir quelques idées sur comment aller plus loin… D’ailleurs, ils font tout pour essayer de te rencontrer : ils organisent des rendez-vous, des afterworks, des ateliers de rédaction de CV et d’élaboration de projets professionnels. Alors ne les déçois pas – ils ont besoin de toi pour continuer à y croire…
A l’a-Ulm il y a aussi l’Archicube, notre revue, voyons. Ce n’est pas aussi bien que le Bocal, d’accord, mais personne n’est parfait. C’est même la revue la plus nombriliste de l’univers, toutes galaxies confondues. On le sait, on nous l’a déjà dit… Mais il y a deux avantages à cela. D’une part, en la lisant tu verras ce que tu seras devenu dans trente ou quarante ans (et mieux vaut être prévenu). D’autre part, tu as la possibilité de changer l’Archicube – et le monde, tant qu’on y est – en y publiant toi-même. Le but n’est-il pas que le printemps soit perpétuel (et que toutes les revues du monde finissent par ressembler au Bocal)? L’a-Ulm organise des sorties culturelles gratuites entre élèves et archicubes. C’est l’occasion pour toi d’apprendre non seulement que Bruckner a écrit neuf symphonies, comme Beethoven, et pas plus parce qu’à Vienne, c’était réputé porter malheur – la preuve, Mahler est mort en composant sa dixième, mais aussi quelles étaient les techniques de bizutage en 1968 (cela peut te donner des idées pour le prochain Méga), qui a nommé les salles de l’Ecole, comment on faisait pour draguer des normaliennes avant la fusion Ulm-Sèvres. Tu découvriras ainsi que la différence de génération n’empêche pas de partager une même passion pour les clavecins de facture flamande de la fin XVIe ou pour les concertos en ré majeur de Mozart. Tout cela et bien d’autres choses te sont proposées pour la modique somme de 22 euros par an. Trop cher, me diras-tu, mais réfléchis un peu : outre que payer le salaire, pas faramineux, de l’auteure des sottises que tu es en train de lire, l’a-Ulm apporte aides et secours, c’est-à-dire, arrondit les fins de mois de quelques normaliens en rade (tu es jeune et beau, mais sache qu’il arrive qu’on se casse la figure en cours de route et qu’heureusement que la solidarité normalienne existe encore à l’ère de Twitter, parce que Twitter n’a jamais nourri personne), et subventionne tes projets de tour de l’Atlantique à la voile, d’escalade de l’Annapurna ou, plus près de nous, de gala de la rue d’Ulm, d’Inter ENS, de 48 heures des arts, pour ne donner que quelques exemples encore frais dans les mémoires…
Voilà, j’ai voulu que ce texte soit digne des colonnes du Bocal, mais les rédacteurs du vénérable hebdomadaire peuvent me rire au nez. En parlant du Bocal, de grâce réimprime-le en A3, car en A4 il est illisible pour nos yeux usés sur les 550 000 volumes de la bibliothèque ! Et nous avons envie de te lire, nous nous intéressons à toi et à tes projets, et attendons ton engagement en retour. Martha,
pour l’association des nostalgiques anonymes
He questioned softly why I failed?
« For beauty, » I replied.
« And I for truth – the two are one;
We brethren are, » he said. (Non, elle n’était pas normalienne, mais elle aurait pu être pensionnaire étrangère)