19/03/2021
Collectif Blouses Blanches Idées Noires
Communiqué :
Il y a deux semaines, nous avons dit au revoir à notre ami et co-interne Tristan, au cimetière Monumental de Rouen. Deux semaines plus t**d, la routine à repris ses droits et rien ne semble avoir changé.
… Et pourtant, Parmi les proches, les amis, ou simplement les internes venus se recueillir, revenaient toujours ces quelques mots : « Ce n’est PAS NORMAL. ».
… Et pourtant, tous les jours, tout cela nous semble normal : Normal de souffrir, normal d’avoir peur. Normal d’être épuisés, normal d’être humiliés. Normal d’être confrontés à la douleur, à la mort et au deuil, sans pouvoir rien y faire, ni savoir comment en parler… Mais si ces souffrances sont aussi normales, alors POURQUOI EN PARLER ? Pourquoi y remédier ? Pourquoi appeler un numéro vert ? Pourquoi saisir nos syndicats ? Pourquoi lutter ?
Alors nous avons dû nous "blinder"… alors nous nous sommes "blindés"… Nous nous sommes protégés de nous-mêmes, nous avons repoussé nos sentiments et notre fragilité… Et maintenant, que nous reste-t-il ? Nous avons repoussé la sensibilité, celle-là même qui est à l’origine de nos talents médicaux. Et l’empathie, la compassion, la générosité, toutes ces valeurs qui nous fragilisaient, ont été reléguées à l’ANORMAL.
Nous sommes SEULS maintenant, seuls dans nos cœurs, seuls devant nos patients, seuls derrière le blindage, enfermés, ISOLÉS. Cette solitude, ce sentiment de ne pas pouvoir être compris, nous mène à la dépression, qui nous mène aux idées noires, qui nous mènent à la mort. Et c’est comme un cycle : SOUFFRANCE – ISOLEMENT – DÉPRESSION – IDÉES NOIRES. Qui se répète d’internes à internes, de médecins à médecins.
Car au-delà de nos parcours et de nos histoires de vie, nos souffrances sont similaires. Nous sommes des femmes et des hommes, de médecine générale, et de spécialités, nous sommes internes, jeunes chefs, et jeunes libéraux, tous avec des parcours différents. Et pourtant…
Nous sommes TROP NOMBREUX à avoir pensé à nous donner la mort durant notre internat.
Nous sommes TROP NOMBREUX à avoir ressenti cette SOLITUDE devant nos problèmes.
Nous sommes TROP NOMBREUX à trouver cela NORMAL.
Nous sommes TROP NOMBREUX à avoir pensé ÊTRE L’ANORMAL… Voilà l’absurde normalité de nos études de Médecine.
Comment peut-on se sentir SI SEULS ? Nous qui sommes SI NOMBREUX à être isolés ?
VOUS N’ÊTES PAS SEULS. ET NON, CE N’EST PAS NORMAL.
Appelez vos co-internes, ceux en difficulté, les redoublants, les invalidés, les internes en arrêt, les internes en disponibilité, ceux dont vous n’avez plus de nouvelles, ceux qui sont fatigués, ceux qui sont proche de craquer. Ou tout simplement appelez vos amis.
Cela peut leur sauver la vie… et à vous aussi.
Collectif Blouses Blanches Idées Noires.
Rouen, le 19/03/2021