21/02/2026
⚫ "Quand surgissent les monstres..." ⚫
Soutien aux antifascistes à Lyon et partout ailleurs.
Après plusieurs jours d’attente, il nous semble nécessaire de prendre la parole.
Nous apportons tout notre soutien aux 11 personnes interpellées pour s'être battu.e.s contre le fascisme.
Dans le flou qui entoure encore les faits, nous sommes écœuré.es mais certainement pas surpris·es, par les réactions et les prises de position qui se multiplient. Le silence assourdissant de l’Assemblée nationale rendant hommage à un militant ouvertement fasciste, pour ne pas dire néonazi, confirme une réalité inquiétante : le centre de gravité de notre vie politique se déplace à l’extrême droite.
L’histoire nous a déjà montré où mènent les compromissions, les silences et les accommodements. Ce ne sont pas seulement les fascistes "déclarés" qui font le lit de l’extrême droite, mais aussi celles et ceux qui banalisent, relativisent et détournent le regard.
Le fascisme ne surgit jamais seul : il avance porté par les renoncements.
On ne le combat pas une fois qu’il est installé. Une fois qu’il est au pouvoir, il est déjà trop t**d pour celles et ceux qu’il désigne comme ennemis.
Puisque nous évoquons le fascisme, rappelons de quoi nous parlons. De nombreux chercheur-euses comme Ugo Palheta ou Robert Paxton, ont travaillé sur ce qu'il en est concrètement. Nous nous inspirons de leurs écrits pour le définir. Le fascisme est un mouvement de masse qui prétend régénérer une communauté imaginaire, nation, race ou civilisation, pensée comme un corps menacé. Il repose sur une obsession du déclin démographique, une panique morale permanente, un nationalisme exacerbé et un autoritarisme brutal. Il vise la « purification » ethno-raciale, l’écrasement des conflits sociaux et l’anéantissement de toute contestation politique, syndicale, religieuse, journalistique ou artistique. Autrement dit, il cherche à éliminer tout ce qui pourrait fissurer son unité fantasmée, en premier lieu les minorités visibles et les oppositions politiques.
Face à cela, il ne peut y avoir d’ambiguïté.
À partir du moment où l’on s’engage dans une idéologie qui désigne des populations comme cibles, femmes, personnes LGBTQIA+, personnes racisées, musulman·es, migrant·es, personnes en situation de handicap... (la liste est malheureusement bien trop longue), et qui travaille à la suppression de leurs droits voire de leur existence dans la communauté, il n’y a pas de compromis possible : nous sommes dans un affrontement politique pour notre survie.
Et dans un affrontement politique, la neutralité est un mensonge.
Nous le disons clairement à celles et ceux de notre camp social qui prennent position contre les antifascistes : ceux.lles qui hurlent aujourd’hui avec les loups, ceux.lles qui reprennent les éléments de langage de l’extrême droite, ceux.lles qui participent à la mise en scène victimaire d’un militant fasciste, ceux.lles qui feignent la confusion pour ne pas nommer les choses, prennent parti, qu’ils le veuillent ou non. On ne peut pas prétendre combattre l’extrême droite tout en reprenant ses cadres, ses indignations sélectives et ses récits.
Hurler avec les loups, c’est déjà marcher avec eux. Les fascistes ne pleureront jamais nos morts : ils les justifieront, ils les saliront, ils en réclameront d’autres. Leur projet, c'est l'élimination.
Notre histoire n’est pas celle des hésitations. Elle est celle de la Résistance, des Brigades internationales, des luttes antifascistes. Elle est de celles et ceux qui ont refusé de plier quand il était encore temps.
Tous les groupes fascistes dans lesquels évoluait Quentin Deranque, prônent la guerre raciale et entretiennent un imaginaire de violence et d’affrontement.
Dimanche dernier encore, d’autres militants d’extrême droite sont allés taguer la mosquée Koba, dans le 1er arrondissement de Lyon. Ce type d’acte n’est pas une dérive isolée : c’est l’expression concrète d’une idéologie qui vise à intimider, stigmatiser et fracturer.
Les militantes de Némésis, quant à elles, orchestrent régulièrement des séquences médiatiques pour faire le buzz, sans jamais assumer les conséquences politiques du climat qu’elles alimentent. Ces militantes du fascisme se réclament d’une défense des femmes à géométrie variable : elles n’ont pas jugé bon de déplorer les 167 femmes tuées par des hommes l’an dernier. Leur silence en dit long sur la nature réelle de leur combat.
Nous ne pleurerons pas un militant néofasciste. Nous pleurerons toujours les victimes de l’idéologie qu’il défendait.
L’extrême droite est un ennemi politique. Et face à un ennemi politique, il n’y a pas de zone grise.
Nous refusons également les tentatives de récupération et les postures opportunistes. Nés avant la honte, les charognards qui se nourrissent de la mort d’un des leurs pour attiser la haine et instrumentaliser l’émotion ne nous feront pas taire. Dans leur propre camp, le corps de leur camarade est à peine froid qu’ils se délectent déjà de son instrumentalisation, sur les plateaux télé comme autour d’une bière.
Leur indignation n’est pas du deuil : c’est une stratégie.
Enfin, nous rappelons que la violence antifasciste n’est pas un projet de société. Elle n’est pas une fin en soi. Elle est une réponse à la violence historique, sociale et matérielle exercée par l’extrême droite depuis son existence. Se défendre face à une idéologie mortifère n’est pas une dérive : c’est une nécessité politique et morale.
L'antifascisme n’est ni un jeu, ni une posture, ni une esthétique. C’est du temps arraché à nos vies, des risques assumés, une pression constante, parfois des poursuites, toujours une vigilance épuisante. Nous ne cherchons ni l’affrontement, ni une quelconque gloire. Nous préférerions mille fois ne pas avoir à le faire.
Mais nous le faisons parce que l’histoire nous a appris ce que coûte l’inaction. Parce que, face à une idéologie qui promet l’effacement des nôtres, ne rien faire serait déjà céder.
Ce n’est pas un jeu. C’est une nécessité.
En 1940 comme en 2026, le choix est simple : céder, se taire, s’accommoder ou résister.
Nous apportons un soutien total et inconditionnel à l’ensemble de nos camarades antifascistes, particulièrement à ceux.lles qui sont incarcéré-es, à la Jeune Garde, ainsi qu’à toutes celles et ceux qui luttent pour un monde plus juste. Les temps sont durs, et ils le seront sûrement pendant un moment. Mais rappelons nous que le fascisme avance quand il n’est pas combattu. Il se banalise quand il est excusé. Il triomphe quand il est normalisé. Mais les mauvais jours ont toujours une fin.
Les barricades n’ont que deux côtés.
Nous avons choisi le nôtre. Et nous sommes plus nombreux.ses.