19/12/2025
Échec au CAMES : quand la moquerie rate l’essentiel
Depuis l’annonce des résultats de la 22ᵉ session du CAMES à Dakar, certains esprits pressés se livrent à une jubilation malsaine, allant jusqu’à tourner en dérision l’échec supposé d’un ancien ministre gabonais. Cette réaction en dit long, non pas sur l’homme visé, mais sur notre rapport collectif à l’échec, à l’apprentissage et à la dignité.
Il convient donc de rappeler quelques vérités simples.
Premièrement, comme le disent les Anglo-Saxons, “education has no end”. L’éducation n’a pas d’âge, pas de date de péremption, pas de ligne d’arrivée définitive. Se confronter à l’exigence académique, même tardivement, n’est ni une faute ni un ridicule. C’est au contraire le signe d’un esprit encore en mouvement, refusant la fossilisation intellectuelle.
Deuxièmement, l’homme aujourd’hui exposé aux sarcasmes n’est pas un inconnu sans parcours. Il a connu l’une des carrières politico-administratives les plus denses de notre pays : avocat de renom, sénateur, député, ministre à plusieurs reprises, avocat de l’État gabonais, conseil de nombreuses entreprises commerciales et de distribution. Sur le plan humain, il demeure apprécié des siens, respecté par ses proches et reconnu par les populations qu’il a côtoyées. Cela, aucun jury académique ne peut l’effacer, et aucun échec ponctuel ne saurait l’annuler.
Troisièmement, il faut rappeler une évidence trop souvent oubliée : l’agrégation ou l’admission au CAMES n’a jamais été l’objectif central de sa vie. Il s’agit davantage de ce que l’on pourrait appeler un fantasme académique tardif : l’envie d’ajouter un dernier galon intellectuel au terme d’une carrière déjà accomplie, peut-être pour rompre l’ennui, peut-être par défi personnel. Cela ne fait pas de lui un imposteur, encore moins un usurpateur.
Enfin, il faut le dire sans détour : l’échec n’est pas fatal. Il fait partie intégrante de toute trajectoire, surtout lorsqu’on ose sortir de sa zone de confort. Rien n’indique que cet homme ne saura pas rebondir, apprendre, se réajuster et, pourquoi pas, réussir une prochaine fois. La science elle-même est faite d’essais, d’erreurs et de recommencements.
Se moquer aujourd’hui, c’est manquer la leçon essentielle que nous donne le CAMES : la rigueur est impersonnelle, mais l’échec n’est jamais une honte. La honte serait de ne jamais tenter, de ne jamais apprendre, ou de croire que la valeur d’un homme se résume à un verdict académique.
À ceux qui rient, rappelons ceci : le savoir est un chemin, pas un piédestal.
Serge Patrick MINANG,
Président de l’UPL