26/08/2022
"Vous avez appauvri nos terres africaines à force de nous faire cultiver l'arachide et la canne à sucre pour votre peuple, vous avez pillé nos mines de phosphate, d'alumine et d'or pour enrichir votre pays à nos dépens, et pour couronner le tout, vous avez fait des miens des tirailleurs sénégalais utilisés comme chair à canon dans une guerre qui n'était pas la leur.
Une guerre où vous les avez fait tuer au nom de la liberté que vous leur aviez refusée sur leur propre terre d'Afrique. Une guerre sur une terre blanche où gît encore l'œil de mon grand-père arraché par un éclat d'obus.
Cet œil qui vous observe; est là monsieur, on y voit le reflet de vos horreurs passées, et il regarde aujourd'hui ce que vous faites de ses enfants venus le chercher.
Je suis venue, monsieur, guidée par l'odeur du sang des miens qui ont quitté des femmes fertiles et sont devenus malgré leur courage l'engrais de votre orgueilleuse terre.
Je suis venue, parce que j'ai su entendre les chants guerriers qui émanent des multiples croix anonymes de Verdun pour se répandre vers l'Afrique orpheline.
Enfin, je suis venue, monsieur, pour rétablir la vérité.
Vous m'avez appris à chanter nos ancêtres les Gaulois, et j'ai compris que c'était faux.
Je veux apprendre à vos gosses à chanter Nos ancêtres les tirailleurs sénégalais, car la France est un grenier sur pilotis, et certaines de ses poutres viennent d'Afrique."
Fatou Diome, extrait de son œuvre, " *La* *Préférence* *Nationale* "
Diby Keita (Lecturer in African and Anglo-American studies/L'enfant du Mandé)